08/06/2020

Aménagement de l’espace public et coronavirus : quand les politiques urbaines évoluent

Des vélos aux trottinettes en passant par la bonne vieille marche à pied, les mouvements de grève de l’hiver 2019 avaient déjà contraint des millions de citadins à trouver des alternatives aux transports en commun. En modifiant considérablement les conditions de déplacement et l’offre de transport la pandémie du printemps 2020 joue à son tour en faveur d’un changement d’habitudes. Avec quelles conséquences ? Première réponse autour de l’explosion de la pratique du vélo.

Phénomène durable ou temporaire ? Seul l’avenir le dira mais une réalité demeure : pendant le confinement et plus encore avec l’assouplissement progressif des limitations de déplacements depuis le 11 mai dernier, les ventes de vélo ont explosé dans les grandes villes, à commencer par Paris où certains vendeurs ont vu leurs chiffres de vente doubler notamment pour les modèles à assistance électrique.

Un succès qui s’explique par plusieurs facteurs : une météo particulièrement clémente, mais aussi le fait que le télétravail ne concerne pas tous les métiers. Alors que l’offre drastiquement réduite de métro, de tram ou de bus peut vite transformer un déplacement professionnel en parcours du combattant, la petite reine a tiré son épingle du jeu. D’autant plus que les pouvoirs publics en ont soutenu l’usage en débloquant une aide financière de 50 euros[1] à destination des particuliers destinée à favoriser la réparation ou l’entretien de leurs vélos. Avec un vrai succès : une enseigne phare de la grande distribution de sport et de loisirs signalait un volume de 15 000 rendez-vous dans ses ateliers entre le 11 et le 26 mai. Troisième argument, d’ordre purement sanitaire : là où chacun peut mesurer la difficulté de respecter les gestes barrière dans les couloirs du métro ou dans un bus, au moins aux heures de pointe, la bicyclette est par nature un moyen facile de respecter la fameuse distance d’un mètre.

Reste un constat : là où les métropoles du nord de l’Europe ont depuis longtemps repensé l’espace public en fonction de la part importante accordée au vélo, les grandes villes françaises se présentent en ordre dispersé. Si par exemple Strasbourg ou Nantes ont largement étendu leurs réseaux de pistes cyclables, d’autres villes ont tardé, que ce soit pour des questions budgétaires ou par peur d’engorger encore un peu plus un trafic automobile déjà dense.

La pandémie, accélérateur de décisions

Dans bien des agglomérations, la pandémie a été l’occasion de remettre certains projets sur la table. Trafic réduit lors du confinement, reprise progressive de la circulation depuis la mi-mai… Les conditions étaient finalement réunies pour décider d’aménager des pistes cyclables supplémentaires. « Les arrêtés préfectoraux ou municipaux se sont multipliés entre le 15 et le 30 avril » , observe ainsi Loïc Le Foll, Directeur de l’agence Aximum Travaux Ile-de-France Normandie. « Les responsables et les élus ont de toute évidence considéré qu’une densification du réseau cyclable en ville était une manière de répondre à une nouvelle demande en proposant des parcours sécurisés et bien identifiés sur les grands axes. »

Filiale du groupe Colas spécialisée dans les domaines de la sécurité et de la gestion du trafic cette dernière a vu la demande de travaux de marquage au sol augmenter fortement ces dernières semaines – pas évident au moment où les équipes sont comme toutes les autres touchées par les règles strictes mises en place dans le cadre du confinement. « Rien qu’entre le 4 et le 9 mai, nous avons procédé au marquage d’une cinquantaine de kilomètres en région parisienne. » Un véritable défi technique, humain et logistique : « Il a fallu travailler le 8 mai et le week-end mais nous avons été en mesure de relever ce défi technique pour plusieurs raisons. D’une part, nous disposions des matériaux nécessaires. La météo clémente et la rareté du trafic nous ont ensuite permis de travailler dans des conditions bien meilleures qu’en temps normal. Enfin, rien n’aurait été possible sans l’engagement de nos collaborateurs qui ont répondu présent. Tous étaient conscients de participer à un effort important pour la collectivité. »

Un signe ne trompe pas, s’amuse Loïc Le Foll : la réaction des passants et des conducteurs. « En temps normal, ces travaux provoquent parfois de l’agacement, parce que beaucoup les perçoivent comme une nuisance, si temporaire qu’elle soit. Là, nos équipes ont largement été encouragées et félicitées. » Paris, Neuilly-sur-Seine, Joinville-le-Pont ou encore Nogent-sur-Marne… Facilement reconnaissables avec leur marquage temporaire jaune vif, souvent protégées par de longues lignes de blocs de béton, ce sont ainsi plus de 100 kilomètres de voies provisoires réservées au vélo qu’Aximum a aménagé en région parisienne entre le 11 et le 26 mai. Une bonne quarantaine de kilomètres de pistes restent encore à tracer et d’autres commandes pourraient suivre de la part des donneurs d’ordre.

Du provisoire parti pour durer ?

Et le phénomène n’est pas uniquement parisien, loin de là : des villes comme Lyon ou Grenoble ont pris des décisions similaires et le mouvement semble se prolonger ailleurs, parfois dans le cadre d’aides à l’achat de deux-roues. En région parisienne, la subvention d’Île-de-France Mobilités pour l’achat d’un deux-roues électriques peut ainsi aller jusqu’à 500 euros.

Le signe d’un engagement durable des acteurs publics en faveur du vélo ? Sans doute, même s’il est trop tôt pour le dire et si le retour à la normale pourrait se traduire par un retour à la situation antérieure. A Aix-en-Provence ou à Amiens, les associations de défense du vélo signalaient ainsi déjà l’effacement d’une partie des tracés provisoires. Comme toujours, les comportements des usagers dans la durée seront décisifs…

Voie cyclable entre Porte Maillot et La Défense - mai 2020
Voie cyclable entre Porte Maillot et La Défense – mai 2020
Crédit : Colas/Aximum

[1] Initialement fixée à 20 millions d’euros, l’enveloppe a été triplée depuis

Crédit photo de couverture : Colas/ Agathe Charbonnier

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