25/06/2019

Éclairage public : Oslo, capitale de la lumière intelligente

Depuis des années, Oslo se distingue par une série de politiques publiques innovantes qui la placent à l’avant-garde des métropoles pionnières en matière de mobilité verte, de gestion des déchets ou d’éclairage public intelligent, un domaine dans laquelle la capitale norvégienne s’engage depuis plus de dix ans. À la clé, un bilan d’autant plus incontestable qu’au succès technologique et écologique s’ajoutent de sérieuses économies budgétaires.

C’est le lot des pays du nord de l’Europe, moins ensoleillés que ceux du sud : à l’échelle de la Norvège, 15 à 20 % de la demande annuelle en électricité va vers l’éclairage public. Dans une ville de 650 000 habitants comme Oslo, plus de 62 000 lampadaires remplissent leur mission sociale première : garantir la tranquillité et la sécurité des biens, des personnes et des déplacements.

Reste la question environnementale… Particulièrement gourmand sur le plan financier, l’éclairage constant représente un gaspillage évident de ressources et d’énergie : dès que la circulation se fait rare ou inexistante, les luminaires éclairent des espaces vides. Poussée par les contraintes réglementaires et budgétaires mais surtout bien décidée à concilier enjeux sociaux et défis environnementaux, Oslo s’est penchée très tôt sur des solutions susceptibles d’aider les services de la ville à mieux gérer leur éclairage public et à développer un mobilier urbain moderne, innovant et adapté aux attentes de ses habitants.

Un effort à long terme

Rome ne s’est pas faite en un jour, Oslo non plus. Les premières avancées datent de 2006, lorsque la métropole s’est associée au leader norvégien de l’énergie Hafslund pour moderniser son réseau physique, en remplaçant 10 000 des 62 000 lampadaires que compte la ville. Dès cette époque, le principe consiste à ne pas se limiter aux seules améliorations matérielles (lampes à sodium à hautes performances, leds…) mais à développer un système communiquant. Basé sur la technologie du courant porteur en ligne grâce aux câbles électriques, celui-ci devient capable de réduire ou de supprimer l’éclairage en fonction de plusieurs paramètres.

Le premier, particulièrement évident, consiste à adapter la puissance de la lumière à l’heure du jour, en éteignant progressivement les ampoules lorsque celui-ci se lève. Mais le système permet aussi de faire varier l’intensité de l’éclairage dans les rues ou les parcs en fonction de paramètres nettement plus fins, grâce à des capteurs de luminosité conçus pour mesurer un niveau d’éclairement des surfaces qui varie considérablement selon le degré de clarté du ciel, la pluie, ou la réverbération sur la neige, souvent présente dans les pays nordiques. Autre élément clé : la mesure du trafic apporte au système toute une série d’informations utiles : état du trafic, encombrement, vitesse moyenne… Pour réduire le risque d’accident ou de chute, l’éclairage est alors augmenté pour améliorer la visibilité en période de pointe. Cerise sur le gâteau : piétons, cyclistes, conducteurs et riverains peuvent signaler un dysfonctionnement via un site web dédié, pour réduire les durées d’intervention et de réparation.

Rapidement, les résultats sont impressionnants. Déployé pour un coût total de douze millions d’euros (six pour le remplacement des vieux lampadaires, trois pour les coûts d’installation et trois autres pour la solution de gestion), le remplacement de 20 % du parc permet de réduire la consommation d’électricité de… 70 %. En six ans, l’investissement de départ est amorti.

Ville modèle

Et depuis ? Typique des smart cities, le système n’a pas cessé de progresser au gré des retours d’expérience. Depuis 2010, Oslo a installé le système d’éclairage intelligent de la société américaine Echelon pour des questions pratiques : basé sur la technologie Lonworks, son architecture ouverte permet aux dispositifs de contrôle de plusieurs fabricants d’interagir les uns avec les autres. En neuf ans, la Ville a progressivement installé 750 armoires d’éclairages, de quoi gérer désormais la totalité de ses 67 000 lampadaires.

Le système contrôle à distance les lampadaires et ajuste l’intensité lumineuse en fonction de la circulation, de la météo et de la lumière, mais ne s’arrête pas là. Grâce au logiciel de surveillance d’entreprise de Streetlight.Vision, les agents peuvent contrôler à distance les lampes, analyser leur comportement et identifier les défaillances éventuelles. Le tout a permis une réduction sensible des frais de maintenance grâce à la détection automatisée des pannes, mais aussi à l’allongement de la durée de vie d’ampoules sollicitées moins souvent et moins intensément.

Et non seulement la capitale norvégienne a pu réduire ses dépenses, mais l’ajout successif de couches technologiques nouvelles lui permet désormais d’offrir d’autres services. Ainsi, le réseau d’éclairage est devenu une infrastructure ouverte, capable de supporter l’installation de capteurs environnementaux, d’équipements de mesure du trafic, de stations de recharge de véhicules électriques… Si la capitale norvégienne, qui s’apprête à bannir les moteurs thermiques d’ici 2030, est depuis six ans la championne de la voiture électrique, ce n’est pas par hasard : connecté au réseau d’éclairage, les bornes de recharge sont alimentées par les économies d’énergie réalisés sur les lampadaires.

Repères

  • À l’échelon européen, les technologies d’éclairage intelligent pourraient permettre de réduire la consommation d’électricité de plus de 60 %.
  • En France, les 9,5 millions de lampes qui éclairent l’espace public fonctionnent en moyenne 3 500 à 4 300 heures par an.
  • L’éclairage public représente près de la moitié de la consommation d’électricité des communes de l’Hexagone.
  • 40 % des luminaires en service en France ont plus de 25 ans.

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