29/10/2019

Smart cities : à la recherche du meilleur modèle, les villes investissent

Singapour, Zurich, Buenos Aires, San Francisco, Séoul, Toronto… Indice d’une transformation profonde, les classements des villes les plus « smart » se multiplient. Le fait que leurs méthodologies et leurs résultats diffèrent d’un podium à l’autre ouvre également une autre perspective : si les villes deviennent incontestablement plus intelligentes, reste à savoir comment apporter les réponses les plus utiles à leurs habitants. Et si la technologie ne faisait pas tout ?  

Le Cities Motion Index de l’IESE de Barcelone, le Smart City Index de l’IMD, les publications d’Intel et Juniper… En quelques mois, les études internationales se sont multipliées et toutes cherchent à leur manière à identifier les critères qui permettent de qualifier une ville de « smart city ». Un défi méthodologique et sémantique : après tout, qu’est-ce qu’une ville intelligente ? Premier enseignement à la lecture des différents classements : tous ou presque s’accordent à la voir comme une cité capable d’optimiser ses coûts et d’améliorer la qualité de vie de ses habitants tout en assurant leur sécurité économique et sociale.

Autrement dit, la smart city ne se résume certainement pas à la technologie, ni au digital en particulier. La centaine de critères étudiés dans l’étude barcelonaise de l’IESE en est l’illustration. 174 villes sont classées en croisant neuf thématiques distinctes : environnement, capital humain, cohésion sociale, mobilité et transport, urbanisme, économie, rayonnement international, gouvernance et – enfin et seulement – technologie. Ce qui explique d’ailleurs que Londres et New York soient en tête plutôt que Singapour, plutôt habituée à truster les premières places grâce à sa politique largement centrée sur le recueil et le traitement de données.

Singapour, ville pilote

Reste que la cité-État asiatique – 5,6 millions d’habitants sur 700 km² – peut se vanter d’être la pionnière incontestée en matière de transformation urbaine : mobilité, productivité, santé, éducation, sécurité… La ville, qui devrait investir cette année plus d’un milliard de dollars dans cette direction, a lancé en 2014 l’initiative Smart Nation. L’objectif ? Mener une série de projets stratégiques destinés à améliorer les relations entre les pouvoirs publics, les entreprises, ses habitants et ses visiteurs tout en maximisant sa productivité. Au menu de ce défi : une administration entièrement digitalisée, une législation favorable à l’innovation et aux tests grandeur nature, un trafic urbain géré en temps réel et plus globalement, un écosystème numérique innovant. Singapour a ainsi lancé plusieurs plateformes publiques d’open data, permettant la multiplication d’applications concrètes dans tous les secteurs : services publics dématérialisés, maisons intelligentes, programmes de santé digitalisés, taxis autonomes opérationnels dès 2022, système éducatif orienté vers les métiers du numérique,etc.

Croissance économique dynamique, criminalité presque inexistante, diminution drastique du nombre de voitures individuelles au profit des transports publics, livraisons par drones… Si le très technophile dragon asiatique incarne les mérites d’une organisation urbaine construite autour de la technologie et du traitement de données, il en incarne aussi les potentielles dérives. Beaucoup s’inquiètent ainsi de l’apparition d’une société de la surveillance permanente, pointant notamment les systèmes de reconnaissance faciale installés sur les 110 000 lampadaires de la ville, capables de tracer chacun en permanence. Un calcul bénéfices/risques trop inégal aux yeux des défenseurs de la vie privée. 

Une tendance lourde

Reste que le montant des investissements engagés à Singapour donne une idée de la vitesse avec laquelle les villes évoluent. Le marché mondial croît de plus de 18 % par an et devrait frôler les 240 milliards de dollars en 2025, d’après le cabinet américain Grand View Research. Des estimations très proches de celles des analystes d’International Data Corporation (IDC) qui évaluent le volume du marché en 2019 à 95,8 milliards. Ils soulignent que plusieurs villes dépenseront comme Singapour plus d’un milliard cette année : Londres, New-York, Tokyo…

Pour autant, les villes européennes sont loin d’être à la traîne. Elles atteignent même 28 des 50 premières places du classement de l’IESE, loin devant les 13 villes nord-américaines les mieux classées, grâce à des points forts comme la cohésion sociale, la qualité des transports ou une gestion publique originale. Le cas de Londres en témoigne : la ville, qui accueille davantage de start-up et de programmeurs que toutes les villes du monde (à l’exception de Los Angeles) se distingue par une politique « open access » qui met à la disposition de tous les données des capteurs installés dans les lieux publics sur le portail London Datastore. La capitale britannique innove également dans les transports avec les Heathrow Pods, des taxis électriques autonomes qui remplacent les bus sur l’aéroport de Heathrow, ou le projet Crossrail, futur réseau ferroviaire du Grand Londres.

Reste un constat, particulièrement sensible à la lecture du classement de l’IESE : Londres exceptée, les grandes métropoles ne sont pas nécessairement les mieux placées pour réussir les premières à basculer dans l’ère de la ville intelligente, et ce en dépit des sommes engagées. Pourquoi ? Parce que l’intérêt d’une solution intelligente ne peut être jugée qu’à l’aune du bénéfice qu’elle apporte aux habitants, expliquent les auteurs de l’étude. Ils pointent par exemple le fait que la généralisation du Wi-Fi gratuit à Ramallah a bien plus d’impact sur le quotidien des habitants que le déploiement du Vélib’ à Paris (51e), dont l’impact a été limité par la modestie du réseau de pistes cyclables ou les difficultés des entreprises chargées de gérer les flottes de vélos. Autrement dit, il est plus facile d’avoir un impact à San Francisco (12e, 884 000 habitants) ou à Bilbao (9e, 350 000 habitants) qu’à Los Angeles (35e, 4 millions de citadins) ou Barcelone (48e, 5,5 millions).

À l’heure où 43 mégalopoles devraient dépasser la barre des dix millions d’habitants en 2030, la question des usages et de l’efficacité concrète des solutions déployées sera de plus en plus essentielle.

Chiffres

  • En 2050, 68 % des habitants de la Terre vivront en ville contre 55 % aujourd’hui.
  • En France, 50 % des entreprises du secteur de la construction disposent déjà d’une offre dédiée « smart cities » pour les collectivités.
  • Seul un tiers des Français accepterait de partager ses données pour contribuer au fonctionnement de sa ville (Obsoco, 2018).
  • Le marché technologique des smart cities devrait progresser de 13,6 % par an (Grand View Research, 2018) ces prochaines années.

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